Sénégal : Les déchets sortent des femmes de la pauvreté

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Au milieu de la grande cour arrière d’une villa baptisée « maison de la femme », 15 femmes âgées de 25 à 65 ans forment un cercle. Vêtues de boubous colorés, ces femmes bourrent des bouteilles de déchets. L’ambiance est détendue et, à mesure que la journée avance, un plus grand nombre de femmes se joignent au cercle. Des dizaines de bouteilles en plastique, rangées en fonction du format, qui varie d’un demi-litre à cinq litres, sont entassées à différents endroits. Certaines sont vides et d’autres sont remplies.
 
Ces femmes sont membres de l’association Ndimbeul diabot ou « solidarité » en wolof, la langue la plus parlée au Sénégal. L’association regroupe plus de 100 membres, et fait partie des ONG impliquées dans le projet « Vivre avec l’eau » dans la commune de Mbao, en banlieue de Dakar, la capitale. L’initiative a été lancée en décembre 2016 pour gérer les déchets solides afin d’éviter les inondations causées par des caniveaux bouchés. Les inondations sont régulières dans cette zone en saison pluvieuse, et sont parfois mortelles.
 
Les bouteilles remplies de déchets seront vendues et utilisées pour la réalisation d’infrastructures telles que des bancs publics, des petits ponts, des murs, et des écoles dans la commune.
Mais ce projet permet également aux femmes démunies du quartier de gagner de l’argent pour financer leurs propres projets.
Chaque femme collecte des ordures dans son voisinage et chez elle. Mais contrairement aux autres collecteurs et collectrices qui sont payés comptant en fonction du volume ou du poids de leur charge, ces femmes sont rémunérées sous forme de crédit.
 
Sy Mariem Ly prend des morceaux de plastique, de tissus et des bouts de carton découpés en petits morceaux qu’elle enfonce délicatement dans la bouteille à l’aide d’un petit fer d’environ 40 centimètres de long pour pousser les déchets jusqu’au fond. De temps en temps, elle pose la bouteille sur le sol et la maintient avec ses pieds pour mieux la bourrer de déchets de sorte que le tout soit compact. Une fois terminée, elle retourne la bouteille plusieurs fois et la vérifie sous chaque angle avant de la refermer avec le bouchon.
 
Elle déclare : « Notre formateur nous avait dit qu’il faut que la bouteille soit bien chargée et soit bien dure et solide. Sinon elle peut causer des problèmes à la construction des infrastructures. »

Ce matin, une charrette est arrivée avec une livraison de bouteilles vides. Une fois les frais de livraison payés, les femmes s’empressent de décharger et mettre de côté les bouteilles.
 
Anta Mbaye est arrivée parmi les dernières. C’est la griotte du groupe. Elle se lève et entonne un chant d’encouragement et de louange en wolof qui dit « Elle a changé sa vie et celle de ses sœurs ». Comme la plupart des femmes ici, elle était au chômage avant d’obtenir ce travail. Elle déclare, « Depuis que je viens ici je suis joyeuse, je chante tout le temps quand je travaille, l’association m’a donné du crédit et je vends les détergents et ça m’aide beaucoup. »
 
Quelques pas de danse accompagnés d’un gros éclat de rire attirent l’attention de deux femmes qui ont abandonné le charretier pour la rejoindre.
Alioune Badara Ka est le coordonnateur du projet à Mbao. Il précise : « C’est toujours comme ça que nous travaillons, dans la bonne humeur et la détente. C’est important de partager cette chaleur, car certaines femmes qui viennent ici sont des mères, des épouses ou même des jeunes filles brisées par la dureté de la vie. »
 
Ndeye Nogaye Ndiaye a quitté l’université après son mariage. Elle est au chômage, et affirme que le remplissage des bouteilles lui donne l’impression d’être utile.
 
Elle dit : « Avant je restais à la maison à ne rien faire. Et puis j’ai rencontré une dame du groupe qui m’a présenté et j’ai suivi une formation d’une semaine en recyclage des déchets offerte par des consultants d’une ONG. Et voilà je travaille comme les autres, ma vie est meilleure, je gagne un peu d’argent. Ce n’est pas beaucoup, mais le plus important c’est que je participe à la protection de l’environnement, c’est important pour moi parce que je me sens utile. »
 
Les femmes remplissent les bouteilles ensemble dans le centre et l’argent des ventes revient au groupe. La bouteille de cinq litres coûte 200 francs CFA (40 centimes de dollars US), celle d’un litre coûte 100 francs (environ 20 centimes) et celle d’un demi-litre 50 francs (5 centimes).
 
Aminata Dionne est la responsable de la communication du projet. Elle explique comment l’argent provenant de la vente des bouteilles est géré : « Nous mettons les fonds dans la calebasse. Chaque vendredi, il est distribué aux femmes sous forme de petits prêts sans intérêt. Avec ces fonds, elles investissent dans des activités génératrices de revenus ou de petits commerces. Le remboursement du crédit est échelonné et se fait sans pression. »
 
Même s’il ne dispose pas de données précises, monsieur Badara Ka affirme que le projet a permis de réduire la quantité de déchets dans la zone. Le projet contribue aussi à prévenir les inondations et réduire la pauvreté.
 
Le financement du projet s’achève en fin mars 2018. Les 112 femmes de l’association craignent que le travail s’arrête faute de financement.

 

lentrepreneuriat.net

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