Les forges de Médine, de bruit et de feu

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À Bamako, le quartier des forges est le poumon de la ville. Ici point de tourisme, juste des marchands, puis des ateliers, qui produisent sans cesse des outils, ustensiles de cuisine, charrues, portails, marmites, pour le pays tout entier mais aussi pour l’étranger, que ce soit en Inde ou en Chine. Une visite des sens.


C’est un lieu de bruits et de chaleur, de sueur et de feu. Sur le flanc de la colline, s’entremêlent ruelles étroites et cabanes d’artisans. Ici les ferblantiers courbent la tôle, là les forgerons activent leurs brasiers, plus loin les chaudronniers polissent leur marmite, à côté des peintres qui enduisent les malles. Ce quartier immense regroupe plus de 3 000 travailleurs et de nombreux commerçants,  car avant les ateliers, ce sont les commerces que l’on voit en premier, et c’est aussi le poumon de la cité. Les forgerons ont toujours joué un grand rôle dans les sociétés traditionnelles. Au Mali, ce sont les Peuhls qui étaient traditionnellement les détenteurs de la fabrication du fer, les descendants du roi sorcier Soumangourou Kanté.

Une caste ancestrale

Sous l’Empire du Mali, ils étaient dédiés à la production du fer et à sa transformation en divers objets nécessaires à la survie et à la puissance de l’Empire, comme l’antique daba, sans laquelle il n’y avait pas d’agriculture, les fusils, les lances, les flèches, les munitions, les marmites… Les femmes forgeronnes s’occupaient, elles, essentiellement de la poterie.

Les forgerons étaient aussi les dépositaires de savoirs ancestraux, englobant les plantes médicinales, la médecine traditionnelle et la protection occulte des guerriers, car ils étaient aussi détenteurs des pouvoirs magiques les plus insoupçonnés. On prétend que lorsqu’ils battent l’enclume, ils font entendre la parole du génie des eaux. Leur rôle est éminent dans la société malienne, ils interviennent en tant que médiateurs pour rétablir l’entente en cas de conflit, pour arranger les fiançailles et faire l’écho de circonstances heureuses et malheureuses dans notre vie quotidienne. Ils se sont par ailleurs spécialisés depuis des siècles dans la fabrication d’outils agricoles et de divers ustensiles.

Une activité dynamique

La caste des forgerons occupe un vaste espace au pied de la colline. Le recyclage des ferrailles se fait au milieu d’une poussière envahissante et avec des conditions de travail très précaires. Le fer et l’aluminium sont travaillés à froid. De petites forges complètent le travail du fer. Les produits sortent sans cesse des ateliers pour être vendus à proximité ou bien livrés chez d’autres distributeurs. Il n’est pas ainsi rare de croiser à Bamako une charrette remplie de malles bleu marine en partance pour une ville du Nord. Les artisans se sont regroupés en association afin de défendre leur corporation et de développer ensemble leur secteur ensemble.

Pour pouvoir répondre à leurs ambitions, les forgerons ont élaboré une stratégie leur permettant, disent-ils, « de se mettre à l’abri de certaines dures réalités du métier et de prévenir d’éventuelles tracasseries administratives et techniques». Pour cela, chaque forgeron paie une cotisation annuelle qui  permet notamment de constituer un stock de fer pour pallier les problèmes d’approvisionnement.

L’esprit d’entreprise malien

Malgré les conditions de travail précaires, le bruit et la chaleur assommante, certains artisans s’en tirent très bien. On connaît l’esprit d’entreprise et du commerce propre aux Maliens, et certains ont pu par exemple devenir des experts dans la fabrication de foyers améliorés, très utilisés en milieu rural car ne consommant que très peu de bois, au point de fournir l’ensemble de la région ouest-africaine. Ou encore des outils agricoles spécifiques tels que les semoirs-épandeurs qui permettent à la fois de semer et d’épandre l’engrais. Gageons que l’association , saura faire profiter chacun des opportunités présentes.

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