Salif Keïta, Talé

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La rencontre a lieu en janvier 2011 : Salif Keïta, ambassadeur de la musique malienne depuis plus de quarante ans, et Philippe Cohen Solal, compositeur de musique français qui a fait le tour de la planète avec Gotan Project depuis plus de dix ans. Philippe se souvient que la première chose que Salif lui ait dite était « Ça doit danser », et Philippe voulait faire un album dansant. Ils étaient sur la même fréquence.


Les deux hommes ont la volonté d’insuffler un air nouveau dans la tradition mandingue. « Je voulais sortir de ma zone de confort et être labélisé musicien africain », explique Salif. « L’approche de Philippe m’a parlé ; il adore les instruments traditionnels, dont nous avons conservé le son, mais nous avons injecté une couleur nouvelle. »

 

Et Philippe et Salif ont fait ce qu’il font de mieux : ils se sont posés dans les nuits chaudes de Bamako, au studio Moffou, histoire d’accoucher des bases de l’album. Et cela donne un son rétro-futuriste aux rythmes électroniques très contemporains, mais avec une touche d’insolence et beaucoup de conviction.

« Je déteste quand la musique se répète, et là, je voulais vraiment faire quelque chose de neuf », détaille Salif qui, depuis le succès de Griots en 1969, a souvent pris des chemins de traverse. Au fil de sa longue carrière, il a eu l’occasion d’explorer l’afro-pop, la salsa africaine, the funk rythmique et même l’afro-jazz-rock lors de ses récentes collaborations avec Joe Zawinul et Carlos Santana.

 

Son dernier opus est exactement dans cette veine ; il nous emmène dans la fontaine de jouvence digitale, avec un son qui rappelle Remain of Light des Talking Heads produit par Brian Eno – des artistes qui ont ouvert la voie d’un futur très vite à composé avec les sons d’Afrique de l’Ouest.

Les bandes voix et guitare acoustique de Salif ont servi de bases aux mélodies et aux harmonies de l’album. Les motifs rythmiques sont travaillés par des musiciens locaux, tels que Aboussi Cissoko (n’goni), Mamane Diabaté (balafon), Prince (calebasse). Ils sont accompagnés par Cyril Atel, de Bumcello, pour la batterie et les percussions, Hagar Ben Ari, le bassiste soul de Dap King, et Christophe Chassol et ses arrangements pour cordes.

Aux côtés de Salif Keïta, de prestigieux invités lui donnent la réplique. Honneur au doyen, le Camerounais Manu Dibango, une présence rassurante, « comme un papa qui nous protège » : le grand pair de l’afro-funk s’insère sur deux titres, dont un terrible chorus de sax qui rugit en réponse à un barrissant éléphant ! Quant à Bobby McFerrin, il improvise un dialogue avec Salif Keïta transformé pour l’occasion en beat-boxer, autour d’une douce mélodie jouée au simbi, l’ancêtre à sept cordes de la kora. Il y a aussi Esperanza Spalding, la nouvelle princesse de la musique afro-américaine auréolée d’un Grammy, qui dialogue avec Salif sur Chérie s’en va, une chanson dédiée aux jeunes filles qui quittent le foyer pour se marier. Et enfin, le Londonien Roots Manuva, prodigieux poulain de l’écurie Big Dada, qui pose son flow sur C’est bon c’est bon, une production à la Lee Perry, du rock steady surspeedé, avec infrabasse botoxée et choristes chaloupées.

 

Pas de doute, l’aventure mène vers des horizons pour le moins inédits : au détour d’un accent d’une calebasse, on croise le disco des seventies ; à un autre croisement, l’afro-beat poisseux se retrouve sur les rives polluées de Détroit, la pulsation historique de la techno ; ailleurs, les sons du guembri et des qraqebs gnaouas.

Tout un symbole que ce disque qui vous met la tête à l’envers, histoire de remettre au bon endroit papa Keïta.

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