Ray Lema

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Ray Lema

Le maître de l’afro jazz fête cette année ses soixante-dix ans, avec un retour à Kinshasa après trente-quatre années d’absence, pour un concert qui s’annonce plein d’émotion et de joie. Des débuts au petit séminaire jusqu’au plus grandes scènes internationales, M. Lema nous a fait l’honneur d’une discussion et d’une démonstration au piano.

 

Les points marquants d’une longue carrière ?

J’ai commencé très jeune. J’ai commencé le piano au petit séminaire et j’ai donné mon premier concert à douze ans au Congo en jouant la Sonate « Clair de lune » de Beethoven. Et cette sonate est déjà une montagne à grimper pour un jeune pianiste, donc j’ai commencé par une émotion monstrueuse, et cette journée m’a marqué à jamais. On peut parler d’initiation.

L’autre tournant majeur de ma vie de musicien se fait lorsque je suis engagé par la présidence de la République en tant que directeur de musique du Ballet national. Pour ce poste, j’ai dû aller chercher la musique moi-même dans tout le pays, qui est immense. Cela m’a donné l’occasion de faire le tour du Congo, qui en soit est une entreprise énorme sur le plan logistique : moto, pirogue, camion afin de connaître ma culture. C’est là que je me suis rendu compte que lorsque j’ai ramené à Kinshasa les musiciens que j’avais choisis, ce sont eux qui étaient mes professeurs alors que c’était moi le chef de musique du ballet. Je me suis retrouvé face à ma tradition, et ce fut mon université musicale, une expérience extraordinaire.

La fin fut également forte, puisqu’ayant refusé de créer un opéra à la gloire de Mobutu, le pouvoir m’a tout pris. Au même moment, j’ai reçu une bourse du Rockefeller Museum et j’ai quitté le pays pour les États-Unis, puis pour la France où j’ai pu jouer avec les plus grands : Higelin, Charlélie Couture, Alain Bashung…

 

Comment définiriez-vous votre style musical ?

Je n’ai pas vraiment de style musical. De fait, j’ai beaucoup fait le mercenaire dans ma vie, car les gens se sont rendu compte que je pouvais jouer pratiquement tout. Pendant deux ans, par exemple, j’ai fait du reggae à Londres avec Sly and Robbie ; on recevait les jeunes Jamaïcains à la chaîne. J’ai fait du jazz, de la variété, ma rumba congolaise. J’ai la passion de la guitare et du piano, et finalement à cause de l’instrument, je cherche sans cesse de nouvelles émotions. Je travaille des pièces classiques, des morceaux de jazz, j’ai tourné avec les voix bulgares, avec les Gnawas du Maroc, je me suis ouvert au monde.

 

Vous avez été sensibilisé à la musique au séminaire, est-ce un changement de vocation ?

Je suis allé au séminaire moi-même à onze ans, de mon propre chef, ma famille n’étant pas spécialement religieuse. Depuis ma plus jeune enfance, je suis fasciné par cette conscience que les gens appellent Dieu. Parce que, pour moi, il me semble évident qu’il n’y a pas de hasard. Le monde ressemble à la composition d’un être conscient. Je ne cherche pas à lui donner de nom, mais une conscience supérieure mise en place. Comme je me sens très croyant, je cherche à être discret. La musique fonctionne un peu comme la religion, c’est un grand tout. Au séminaire, on m’a dit que j’étais musicien, alors que je n’y aurais jamais songé tout seul. En fait, on m’a mis une guitare en main et on m’a dit : « Joue. » Mais je ne savais pas du tout jouer de cet instrument tout nouveau pour moi.

 

L’enseignement musical en Afrique est l’un de vos chevaux de bataille, quelles perspectives de ce côté-là ?

À la suite de mon expérience au Ballet national du Zaïre, j’ai constaté qu’il était capital de garder une trace des musiques régionales, non écrites. Constituer un inventaire, faire de l’archivage, de la transcription. Et surtout faire de la formation afin d’éviter que lorsqu’un grand musicien traditionnel meurt il emporte tout son savoir avec lui. Ils partent avec leur science. J’ai formé le projet de l’université musicale africaine, où nous essayons de sensibiliser les gens et les dirigeants sur cette perte de culture et de mémoire, finalement. Il faut trouver un lieu, que j’aimerais bien sûr être à Kinshasa, pour y conserver les musiques, mais aussi les enseigner aux jeunes Africains et aux musiciens du monde entier. Nous avons déjà fait des ateliers en Afrique, et cela nous a confortés dans notre conviction de développer ce projet. Par exemple, au Burkina, nous avons permis les rencontres des musiciens modernes africains avec les musiciens traditionnels. C’est important pour qu’ils comprennent comment on travaille sur les modes traditionnels. Et les échanges enthousiastes que nous avons constatés.

 

 

Vous allez fêter votre soixante-dixième anniversaire à Kinshasa, quel programme ?

C’est la première fois depuis trente-sept ans que je vais jouer à Kinshasa. Je suis à la fois très heureux de cette perspective, très ému aussi, mais évidemment assez inquiet. Je ne suis pas tout à fait sûr de ne pas avoir d’imprévu, simplement parce que le piano est un instrument compliqué en Afrique. Car le climat n’est pas tendre avec ses grands instruments à cordes. Par exemple, j’ai joué en mars dernier à Cotonou, mais l’accordeur du piano a fait lui le chemin depuis Lomé pour accorder un piano qui n’avait pas joué depuis deux ans, ce qui est très délicat pour un piano.

 

Encadré

À Kin, il y a une folie créative exceptionnelle qui m’est très chère.

Quand je suis passé à Kin, en 2011, je n’ai pas reconnu grand-chose. La ville comptait au maximum 1 million d’habitants. Aujourd’hui, c’est 12 millions d’habitants. C’est une autre ville que j’ai hâte de découvrir afin de me reconnecter avec ma ville et ses habitants. Les Kinois sont si enthousiastes…

 

À visiter

 

Lac Ma vallée

À proximité de la ville, le « lac Ma vallée » est un espace de loisirs et de détente qui propose dans un cadre naturel de verdure pour passer une agréable journée en famille ou entre amis.

 

Le Kwilu Bar

Un bar en plein air pour retrouver le tout Kin et goûter à l’occasion le rhum local, le bien nommé Kwilu.

 

Hôtel Elaïs

Niché dans une oasis de calme et de verdure en plein cœur de la métropole congolaise, un hôtel de charme à découvrir.

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