Initiateur du Balafon chromatique/ Ba Banga Nyeck

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Offre de nouvelles sonorités musicales au monde

‘’ Le balafon chromatique est un balafon authentique, qui est accordé selon la gamme des demi tons tempérés, chromatiques. C’est un atout qui permet à cet outil et à son utilisateur, de se diversifier, de se moderniser dans le sens d’être apte à assurer dans tous les genres de musiques, traditionnels et modernes’’, cette définition vient de Ba Banga Nyeck, l’initiateur du balafon chromatique. Cette innovation dans le domaine de la musique africaine hier est devenue aujourd’hui incontournable dans l’orchestration des genres musicaux.  Afrique 21 vous offre un voyage inoubliable dans l’univers musical de Ba Banga Nyeck.

Bonjour Ba Banga Nyeck, vous venez juste en 2016 de boucler un Concert de balafon chromatique à Paris. 2017 s’annonce chargé musicalement pour vous?

 Bonjour. En 2016, j’ai eu plusieurs engagements en France, mais en 2017, encore plus : Au mois de mars, j’ai prendrai part au Printemps de poètes 2017 le 18 mars au Musée du Quai Branly Jacques-Chrirac à Paris, dans une symbiose « musique et poésie » dans le cadre de l’hommage aux grands auteurs africains de l’histoire…beaucoup d’autres engagements également sur le feu tels qu’un concert avec Adama Adepoju à l’Institut Français de Ndjamena au Tchad entre le 22 et le 26 mars, à Carcassone en France avec Cyril Dupuy puis d’autres masters classes et concerts au Cameroun en Avril, une tournée à Montpellier et à Sete en France en duo avec la chanteur Français SEBKA, puis une création en tant que directeur artistique et directeur musical avec le centre culturel Europe de Colmar dans le Haut Rhin et Colmar Agglomération pour juin, un autre concert à Valthorens, et j’en passe, tout ceci avant l’organisation de la cinquième édition du Festival International des Balafons à Abidjan en Côte d’Ivoire. Ce sont mes activités normales de musicien professionnel, Auteur compositeur et entrepreneur culturel, Inventeur d’un modèle de balafon chromatique, et promoteur du FestiBalafons (Festival International des Balafons) etc…

Aujourd’hui, peut-on dire que le balafon vous a permis de découvrir le monde ? 

Avant d’être balafoniste dans mon parcours professionnel, j’étais pianistes et joueur de synthé, chef d’orchestre et arrangeur au Ki-Yi Mbock d’Abidjan, et comme tel, je tournais déjà à travers le monde…Mais il est vrai qu’avec le balafon chromatique, Ba Banga NYECK la « tête d’Affiche » est né, et oui, j’ai pas mal parcourus des continents on va dire…

Comment avez-vous connu et appris à jouer au balafon ?

                                                     Je connaissais déjà le balafon  depuis mon enfance au Cameroun. J’avais à peine 12 ans quand je l’ai découvert avec un orchestre de balafonistes lors du mariage de l’aîné de ma famille. Mais c’était juste en tant que curieux, mais c’est en 1997 que j’ai décidé de devenir un « défenseur » des claviers africains, afin de contribuer à les hisser à l’instar de tous les instruments de musique standards et modernes comme instrument universel dans le sens de conventionnel, d’où mon engagement à œuvrer pour un modèle de balafon, le Balafon Chromatique.

 

Du Balafon simple au Balafon chromatique. Expliquez-nous pourquoi ?                  

 Le Balafon chromatique est un balafon authentique, qui est accordé selon la gamme des demi- tons tempérés, chromatiques. C’est un atout qui permet à cet outil et à son utilisateur, de se diversifier, de se moderniser dans le sens d’être apte à assurer dans tous les genres de musiques, traditionnels et modernes au monde. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre ainsi pour le balafon et les balafonnistes. Et comme vous le savez, un musicien professionnel vivant de son art, a besoin de diversifier ses atouts et son champ d’action pour se garantir de plus en plus de possibilités d’expression et d’occasions d’exercer son activité.

On a tendance à vous appeler l’homme aux 4 mailloches. Pourquoi cette appellation ?

(Rires) J’avoue que c’est la première fois que j’apprends qu’on m’appelle ainsi ! Mais en fait si c’était le cas, ce serait peut-être à cause de la technique à 4 baguettes que j’ai pu appliquer aux balafons chromatiques.

Pourquoi avoir choisir de faire la promotion de ce xylophone ?                                                 

Tout simplement parce que jouant déjà des claviers occidentaux, après une tournée avec le Ki-Yi M’Bock aux Etats Unis en 1997, j’ai décidé de devenir défenseur non plus des claviers ou des instruments occidentaux, mais des claviers africains. Entre temps les balafons traditionnels n’étant pas accordés selon cette gamme chromatique et standard, il fallait vraiment qu’elle puisse être adaptée aux balafons pour que je puisse m’y épanouir.

Racontez-nous votre histoire avec le balafon et le village Ki -YI M’bock ?

Le village Ki Yi m’bock a été le lieu de ma « mutation culturelle et professionnelle », on pourra dire de mon « initiation » dans ma profession et mon choix artistique et professionnel. C’est Were Were Liking Gnepoh, la fondatrice du Ki-Yi mbock qui a mis au point le premier spécimen d’un balafon chromatique de deux paliers en un seul bloc, balafon qui avait été fabriqué par Youssouf KEITA. C’est encouragé par elle et le pianiste franco congolais Ray LEMA, alors directeur musical du Ki-Yi m’bock, que je me suis vraiment engagé à en tirer le meilleur, au point de me faire construire par le même fabricant  dès 2001,  le modèle que j’utilise aujourd’hui plus adapté à mes exigences, qui est d’ailleurs aujourd’hui, le modèle de balafon chromatique le plus utilisé dans le monde. Le balafon chromatique de trois octaves de fa2 à fa5. Par ailleurs, invention reconnue plus tard par l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle).

 

Est-ce que dans l’apprentissage de l’utilisation de l’instrument, vous avez rencontré des difficultés ?                                                                                                      

Bien sûr, comme dans tous les secteurs et dans tous les domaines, le balafon chromatique c’est toute une science qui a ses difficultés et sa complexité, et on ne finit jamais d’apprendre !!!

 

Lorsque vous jouez, quel(s) message(s) pensez-vous que vous transmettez à travers vos mélodies?

Des messages ayant pour essentiel les  valeurs humaines…la paix, le respect de la vie, la tolérance, la solidarité, le respect mutuel, l’amour avec grand « A », bref le retour aux valeurs essentielles pour l’humanité entière…

 

Certains  disent que vous êtes le chef de ligne d’une génération de balafoniste moderne en Côte d‘Ivoire. Que répondez-vous ?      

                                                           

« Chef »…le terme est peut-être trop fort ! Je suis certainement un inspirateur, formateur et pionnier de la pratique du balafon chromatique en Côte d’Ivoire et dans le monde entier. Ce terme Balafon Chromatique, je l’ai dévoilé pour la première fois en 1998, lors de ma première interview sur mon expérimentation par un organe de presse à Abidjan. Ni internet, ni les musicologues et aucun écrit ne l’avait mentionné avant, aucun  musicien n’avait l’expérience de cet instrument de musique sur le plan professionnel, dans son appellation et selon le modèle en question. Bien que certains balafonistes de renom essayaient déjà en haut niveau, d’utiliser bien d’astuces pour atteindre la gamme chromatique en « superposant » des balafons diatoniques accordés l’un à l’autre différemment selon parfois un demi ton de tonalité entre autres, et qu’en Afrique australe on utilisait également des xylophones appelés marimbas chromatiques mais rares en haut niveau…Je parle précisément du balafon chromatique de trois octaves de fa2 à fa5 et de deux paliers en un seul bloc…

 

Est-ce qu’il y a des écoles en Côte d’Ivoire où on peut apprendre à jouer au balafon chromatique ?       

                                                                                                       

En Côte d’Ivoire, après avoir été Lauréat UNESCO  en 2012 pour mon projet « Amorce de Création d’une Industrie Culturelles autour des Balafons) à travers le Groupe BA BANGA NYECK, association Culturelle inscrite au Journal Officiel de Côte d’Ivoire, j’ai initié en partenariat et en collaboration avec l’INSAAC (Institut National Supérieur des Arts et de l’action Culturelle), plus précisément l’ENM (Ecole Nationale de Musique) une série de formations, avec pour bénéficiaires des enseignants et des étudiants en fin de cycle. Apres cette formation qui a vu la création du Big Band Balafons, orchestre unique en Afrique constitué de plus de 15 balafonistes sur scène, sinon 20 musiciens, effectif de base. Ce sont  des balafonistes dont certains ont reçu un complément d’acquis, et qui sont eux aussi des formateurs, libres de leurs initiatives. En plus de cela, en 2014-2015, j’avais déjà passé toute une année de vacations en pratique instrumentale pour les étudiants en masters, pour la pratique du balafon chromatique. Depuis ce moment, les cours autour de cet instrument sont organisés, avec les enseignants ayant reçu un renforcement de capacité pendant ma période de formations, qui à leur tour continuent de transmettre ce savoir-faire…

 

Quel regard portez-vous sur le niveau du balafon en Côte d’Ivoire plus précisez son utilisation dans la musique  d’aujourd’hui ?                

                                                  

En Côte d’Ivoire, je pourrais dire que le Balafon chromatique se porte et évolue bien, car il y a des résultats encourageants dans le milieu de balafonistes qui ont compris les atouts que cet instrument apporte dans l’univers de la pratique du balafon moderne. Il y a de plus en plus de balafonistes ayant été formés ou ayant reçus du renforcement de capacité, qui s’y investissent et qui me font plaisir quant à leur passion pour la chose et pour leur sérieux. J’ai espoir que cette pratique se développera de plus en plus et que des générations de balafonistes chromatiques dans les règles de l’art, se formeront en Côte d’Ivoire, et la demande dans tous les secteurs de la musique et des arts en général se fait de plus en plus importante…

 

En tant qu’artiste de façon générale, pouvez-vous nous dire si vous arrivez à vivre de votre art ?

                                                                                                                        

Je dirai que cette question est  mal formulée, il faudrait à mon avis me demander si je nourris suffisamment mon art ! Oui, parce que l’lorsque vous vous investissez dans une activité quelle qu’elle soit, avec le sérieux et le temps d’acquérir les compétences requises, il n’y a pas de raisons que cette activité ne vous le rende pas en retour. Je ne dirai pas que cet instrument  nourrit son homme, mais je dirais à ceux qui veulent en faire une profession, de le « nourrir suffisamment » en s’y investissant de manière adéquate, ils ne vont pas le regretter. Quant à moi, mon balafon chromatique me le rend bien, et je ne doute pas qu’il le fera  encore et de mieux en mieux…

Comment se comporte vos réactions sur le marché et ou précisément peu-t-on se les procurer ?                                                                                                                          


Aujourd’hui, le fabricant attitré de balafons chromatiques en Côte d’Ivoire est Seydou Keita. Petit frère de Yussouf cité plus haut, c’est la référence en termes de fabrication de cet instrument à présent dans la place. On peut se procurer des balafons chromatiques en passant des commandes, s’il n y a pas d’exemplaires déjà prêts à être utilisés.

 

Aujourd’hui, des groupes comme le Djarabikan et même  le jeune Donatien Koné, sont devenus des virtuoses de cette instruction allant à jouer avec  2 et 4 mailloches. Quelles sont vos impressions ?

 

 Merci de faire allusion à certains balafonistes, mais si vous permettez qu’on les cite, la liste sera plus longue que ça. Je parlerai plus précisément de balafonistes chromatiques, je citerai Gilles Kouissoua à qui j’adresse  mes salutations, Donatien Koné que vous avez cité, David Kouakou, je fais un clin d’œil et j’adresse mes encouragements à Nina Kouassi l’une des premières femmes à avoir décidé de s’y mettre, et bien d’autres que vous découvrirez. Je leur adresse mes sincères encouragements, et comme ils le savent comme disait le plus Grand Maître que j’ai rencontré dans ma vie, je ne peux que m’adresser à eux humblement en ces termes : … Allez et faites de toutes les nations, de balafonistes chromatiques… (Sourire).

Que pouvez-vous donner comme message aux jeunes qui seraient intéressés par l’apprentissage du balafon chromatique ?   

 Engagement, sérieux, investissements dans l’apprentissage, esprit de compétitivité et ambitions devront être leurs leitmotivs. En plus de l’attitude personnelle de patience, de respect des valeurs humaines, des autres et des anciens…Qu’ils s’y lancent sans émettre des doutes, ils réussiront…

 

Et que dire aux jeunes qui souhaitent vivre de leur passion mais qui manquent d’audace, et qui sont découragés par leurs proches ?

Il n’y a pas de fumée sans feu…il n’y a pas de passion sans fondement et sans bien fondé, encore faut-il que ce soit réellement de la passion. La passion peut être reconnue comme un don, et le don travaillé peut devenir du talent, et un talent bien orienté, peut faire des merveilles. C’est sûr que si on est dans un domaine encore peu connu, l’adhésion de l’entourage sera d’emblée différent par rapport au cas où  le secteur d’activité en question aurait déjà fait ses preuves. Mais qu’à cela ne tienne, on est animé que par le « feu » qui correspond à nos aspirations. Alors ça devient une responsabilité et une mission personnelle, qu’il faut réussir…Mais bien sûr, il faut tout d’abord bien préciser les objectifs, les méthodes pour les atteindre, et les moyens à disposition ou à se donner sois même pour y arriver. Bref pour moi, une passion est une responsabilité, une mission à accomplir…Alors que ces jeunes se libèrent en réalisant leurs rêves.

 

Si aujourd’hui , l’Insaac vous sollicite pour l’encadrement des étudiants en musique. Qu’elle serait votre réponse ? 

 

 Pour l’ancien étudiant au Conservatoire que je suis, ce serait pour moi une fierté que d’être utile pour cette institution qui a fait et qui fera beaucoup encore pour la musique en Côte d’Ivoire et en Afrique. Mais comme je vous l’ai expliqué plus haut, je suis un collaborateur et partenaire de l’INSAAC et plus précisément de l’ENM (Ecole Nationale de Musique) depuis quelques années, ayant amorcé et aboutit des projets avec et ayant fait de la vacation en son sein. Heureusement ou malheureusement je ne peux pas être partout à la fois, c’est aussi en cela que la formation est très importante. Pour qu’il y ait suffisamment de compétences, pour combler la demande, de plus en plus importante.

 

Christian GUEHI

 Credits photo : Ba Banga Nyeck

 

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