Patrick Asso, le surdoué de la haute couture

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Il vient de fêter ses dix ans de carrière qui sont à son image : fulgurant. Le diplômé en sociologie sait depuis toujours que la mode est sa voie, et la création son mode d’expression. Il en fait régulièrement la démonstration sur les podiums internationaux, pour le plus grand bonheur de ses clientes.


Né à Abidjan, d’un père banquier, d’une mère professeur d’anglais, au milieu de sept frères et sœurs, Patrick évolue dans un milieu chic, à l’abri du besoin comme il le dit. Considéré comme l’artiste de la famille, il sait depuis longtemps sa passion pour le beau, et plus particulièrement la mode.

Jeune, ses parents habitent la Riviera Golf, tout près de l’atelier de Gilles Touré, aux jardins de la Riviera. Il passe devant chaque jour sur le chemin de l’école, et observe son travail, émerveillé : le show-room en question était différent des autres échoppes de couturier : professionnel, structuré. Il est si peu discret qu’un matin le créateur sort de son atelier pour lui dire d’aller à l’école – il est en kaki dans l’uniforme des élèves – plutôt que de traîner devant chez lui. Aujourd’hui encore, Patrick Asso reconnaît que Gilles Touré l’a très tôt inspiré et continue à ce jour.

Surdoué

En 1999, c’est le plus jeune participant à un concours de mode et il gagne. Il est censé partir étudier le stylisme à Paris, mais son père lui explique que s’ʼil respecte sa passion pour la mode, son année de terminale en a sévèrement pâti, car il ne s’est pas présenté au baccalauréat. Il lui faut passer son bac d’abord. Ce que Patrick fait l’année suivante, mais son père lui demande de patienter quelque temps avant de partir à Paris. Il s’inscrit alors en fac de sociologie à Abidjan, afin d’appréhender l’homme dans toute sa diversité. Mais dans les amphis, il dessine constamment, à tel point qu’il décide de s’inscrire en parallèle dans une école de couture d’Abidjan. Alors qu’il se renseigne auprès du secrétariat afin d’avoir des précisions sur le cursus et les horaires, une dame interrompt la conversation et l’invite dans son bureau. Il s’agit de Mme Diop, la fondatrice et directrice de l’école, qui lui dit qu’elle sait reconnaître « les bonnes graines ». Il s’inscrit en première année, mais deux mois après le début des cours on l’admet en deuxième année, et un mois et demi après on le fait passer en troisième année. Chaque année, les élèves de fin de cycle présentent leur travail personnel à l’occasion d’un défilé. Se sentant peu légitime, il hésite à présenter une collection, mais la directrice insiste. Elle lui impose même de juger les travaux de ses camarades, car son avis est déjà, lui, plus que pertinent. Il est très mal à l’aise avec cette situation, mais joue le jeu pour rendre service à ses camarades de promotion.

 

Travailleur

Cette culture de la mode, il la travaille. Il lit, écoute, cherche à comprendre afin d’être toujours à la pointe. Il a aussi eu la chance d’être convié, jeune, à des dîners mondains où il regarde et où il apprend : comment les femmes portent leurs vêtements, la manière dont elles marchent, vivent, se déhanchent, se mettent en valeur lors des soirées, et cette expérience est finalement sa meilleure école. Il se forge là des certitudes qui, une fois mises en pratique, seront son juge du bon goût.

Pour lui, on ne crée rien. On refait, on actualise systématiquement en appréhendant l’air du temps, la clé, d’après lui, pour devancer les autres créateurs dans cette course à la tendance.

Il s’est rendu célèbre par ses vêtements couture très élaborés. Sortir du conventionnel, mais avec élégance : rien ne lui plaît plus que de comprendre les attentes de sa cliente, l’impact qu’elle souhaite donner à sa tenue, afin de correspondre à ce besoin. Sans doute l’analyse du sociologue ressort-elle un peu à cet instant, mais très vite le créateur reprend le dessus avec un motto implacable : détail, subtilité, élégance. Ce sont les ingrédients d’une recette pour un vêtement époustouflant.

 

Passionné

Comme beaucoup, il a commencé à la maison. Ses premiers essayages se font dans la maison familiale à l’insu de ses parents, dans sa chambre. En général, les clientes viennent à deux ou à trois ; ce sont des dames de la génération de sa mère. Et le jour où cette dernière tombe nez à nez avec plusieurs clientes dans le salon, le jeune créateur explique que celles-ci sont en recherche d’appartements dans le quartier et qu’il leur rend service en sélectionnant des lieux à visiter. Mais ce mensonge ne fait pas long feu le jour où sa mère rentre dans sa chambre et constate qu’il fait de la couture. Finalement, il tombe le masque et s’installe avec l’aide du docteur Eugène Djédjé qui finance ses débuts. Nous sommes en 2006, il sait qu’il doit se faire connaître rapidement et, très vite, il organise un défilé maison, Mystères d’Orient, à l’hôtel Ivoire en 2008, et tout démarre. Les médias, la télé, les clientes se précipitent. Il enchaîne les défilés, les podiums, il est dans toutes les grandes capitales, demandé ici et là. Il est invité, c’est l’un des premiers créateurs ivoiriens à faire un défilé à Montréal. À l’époque, cela lui coûte extrêmement cher, mais chaque année depuis la première édition il est à présent invité. C’est la même chose à Paris ou à Washington, la marque Patrick Asso n’a plus besoin de convaincre, elle a, comme il le dit, une « traçabilité ».

 

Quel chemin parcouru en ces dix années ! Clientes en Europe, en Amérique, et bien sûr dans pratiquement toute l’Afrique. Les images et les vidéos font le tour du monde.

Sa boutique, dans la galerie Peace & Unity d’Alpha Blondy, propose des tenues de prêt-à-porter pour hommes et femmes, mais aussi des accessoires : sacs à main, chapeaux… tous confectionnés par le créateur. Son objectif est de pouvoir à terme dupliquer ce lieu à New York ou à Montréal, et ouvrir sa gamme de haute couture au prêt-à-porter. Un prêt-à-porter très « couture » en quelque sorte.

 

Afrique 21

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