Grand-Bassam patrimoine de l’Unesco, un parcours exceptionnel

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

La ville de Grand-Bassam située en bordure de la mer en Côte d’Ivoire est une ville où le tourisme y bat son plein. Depuis qu’elle est devenue patrimoine mondial de l’Unesco en 2012, les complexes hôteliers de Grand-Bassam sont inondés de personnes. La nouvelle voie d’Abidjan à Grand-Bassam offre une belle vue sur la lagune Ébrié et la mer. Les cocotiers, les artisans tout le long de la plage sont impressionnants. Mais pour arriver à ce beau décor, il a fallu plusieurs efforts. Afrique 21, dans ce dossier, vous présente les circonstances et les étapes de cette distinction à l’Unesco, dont le début de la démarche date de 2008.


La ville de Grand-Bassam, plus précisément le quartier France, fait partie désormais du patrimoine mondial de l’Unesco, comme c’est le cas de l’île de Saint-Louis au Sénégal. On peut le dire, c’est un soulagement. Après les rendez-vous manqués de 2008 et de 2009, la session 2012 de l’Unesco a définitivement inscrit ce site touristique ivoirien au rang de ses patrimoines. Ainsi, la ville de Grand-Bassam rejoint les monts Nimba (1981), le parc national de Taï (1982) et le parc national de la Comoé (1983), les trois premiers sites ivoiriens faisant partie de ce patrimoine.

Retenons que l’inscription de Grand-Bassam à l’Unesco n’a pas été une entreprise facile. Il a fallu au ministre de la Culture et de la Francophonie conduire toutes les étapes de ce processus entamé depuis 2007.

Pour rendre solide le dossier ivoirien après les rejets de 2008 et de 2009, le ministre Maurice Bandama et son équipe ont dû y introduire de nouvelles pièces afin de le rendre plus consistant et plus convaincant pour sa candidature. Au nombre de ses nouvelles pièces, figurait l’inclusion du village N’Zima  en entier dans les biens proposés pour l’inscription de la zone Tampon. Et cela, afin d’en faire un territoire unique, histoire de renforcer la dimension pratique et opérationnelle du plan de conservation et de gestion des biens, mais aussi de définir les indications opérationnelles ainsi que la présence d’un personnel qualifié pour les mettre en œuvre. C’est le début de plusieurs démarches.

Les dates importantes d’un long processus

L’élaboration du dossier ivoirien commence en 2007 avec l’étude diagnostic, l’analyse et la rédaction du dossier de nomination ainsi que le plan de gestion. Le 27 novembre de la même année, c’est la transmission du dossier de nomination. Un an plus tard, on assiste à la première observation du centre du patrimoine avec, entre autres, la proposition d’extraction du village indigène de la zone à protéger. Du 27 novembre au 3 décembre 2007, M. Santelli, expert de l’Unesco, arrive à Grand-Bassam et anime un séminaire du 3 au 5 décembre sur « la validation du plan de gestion ». Des missions vont se multiplier.

Du 8 au 22 décembre 2007 a lieu une mission complémentaire de deux architectes sur le site, sous l’égide de M. Santelli, suivie de l’appui à la rédaction finale du dossier de nomination et du plan de gestion avec toujours l’expertise de M. Santelli. Le jeudi 17 janvier 2008, c’est la transmission de nomination. Le 20 janvier, le dossier est finalisé par la MACOM et l’équipe d’experts nationaux. Un jour après, M. Santelli reçoit le dossier ivoirien pour l’ultime observation avant le dépôt officiel au centre du patrimoine mondial, le 30 janvier 2008, au nom de l’État de Côte d’Ivoire à l’Unesco. Échec, car le dossier ivoirien sera mis en renvoi en juin 2009 en Espagne. Mais, à Abidjan, comme on aime à le dire : « Découragement n’est pas ivoirien. »

L’année suivante, dans la mouvance de cet échec, les autorités en place, depuis 2010, tentent donc à nouveau de faire inscrire ce joyau en péril au patrimoine de l’Unesco, une reconnaissance espérée pour le pays après la crise politico-militaire de 2010-2011. Cela donnera de nouvelles obligations en matière d’urbanisme et d’environnement, car l’enjeu devient délicat pour la culture ivoirienne. En juin 2012, c’est la finalisation, après insertion de nouvelles pièces (insertion du village entier N’Zima), du dossier ivoirien au centre du patrimoine mondial qui va l’examiner en sa session du 24 juin au 26 juillet 2012 à Saint-Pétersbourg en Russie. Après la nomination, c’est l’élection. Juillet 2012, Grand-Bassam est inscrite sur la liste du patrimoine de l’Unesco.

Grand-Bassam, patrimoine de l’Unesco. Qu’est-ce cela signifie ?

Beaucoup d’efforts ont été fournis pour en arriver à ce résultat, mais que faut-il comprendre par l’inscription de Grand-Bassam au patrimoine mondial de l’Unesco ? Selon le ministre de la Culture et de la Francophonie, « la ville de Grand-Bassam bénéficiera de certains atouts économiques et sociaux sur le plan touristique. Bassam fera l’objet de visites touristiques du monde entier. Elle suscitera un engouement chez des touristes nationaux et internationaux. Ce qui permettra de dynamiser les secteurs de l’artisanat, de l’hôtellerie, de la restauration et du transport », dit-il.

Vu ces enjeux, hôteliers, restaurateurs, artisans, artistes de Grand-Bassam entendent prendre part à cette vision nouvelle. Pour M. Ablé Jacques, président des hôteliers et restaurateurs de Grand-Bassam, « la création de la zone franche et l’érection de la ville au statut du patrimoine de l’Unesco est un facteur essentiel dans la conduite efficace des affaires touristiques dont l’effectivité et la diversité des activités devraient créer de nombreux besoins et attentes à satisfaire dans le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des activités économiques en général ».

Le moins que l’on puisse dire selon l’Hospitality Report 2017, la Côte d’Ivoire a repris sa position de pôle attractif en Afrique subsaharienne en atteignant la barre de 1 million de voyageurs internationaux en 2015. Et le secteur du tourisme contribue directement aujourd’hui à 4,8 % du PIB.  Les recettes directes générées par le tourisme ivoirien sont estimées à environ 419 milliards de francs CFA.

Quartier France, quelle particularité !

Voilà un quartier où l’architecture est héritée de la colonisation. Jusqu’à ce jour, pour construire une maison dans ce quartier, l’architecture doit respecter les normes de construction coloniale. Point de maison de luxe dans cette partie de Grand-Bassam. Le savez-vous ? Bâtie sur une langue de sable aride, enserrée entre la mer et une lagune marécageuse, le quartier France, peuplé par les autochtones N’Zima et les allogènes Fanti, s’étend sur une bande d’environ deux kilomètres de long sur les 350 mètres de large pour une superficie de 70 hectares. Divisé en quatre quartiers, le quartier France comprend le quartier résidentiel (boulevard Angoulvant), le quartier administratif (secteur musée des costumes), le quartier commercial et le quartier ville.

Ce secteur a été le théâtre du premier débarquement français à Grand-Bassam où les soldats avaient établi leur quartier général. L’architecture coloniale de ce quartier a connu trois étapes : l’étape du papo (1843-1893), l’étape de fer (1893-1910) et l’étape du béton armé (1910-1950). Plusieurs monuments tels que le Grolo et le Sider sur la rue Bertin, la tombe du gouverneur Treich-Laplène sur le boulevard Louis Alphonse-Bouhoure, l’ex-cinéma celtic-bar sur la rue du commandant-Bouvet y sont encore visibles sans compter les maisons coloniales en ruine le long des rues.

Depuis quelques années, le quartier France est devenu le chef-lieu de la royauté des N’Zima Kotoko de Côte d’Ivoire conduite par Awoula Tanoé Désiré. Au plan culturel, le quartier France est le temple de l’Abissa qui se tient chaque année au mois de novembre, et qui est une cérémonie de réjouissance et de réconciliation où tout acte de violence est interdit. L’Abissa est devenu un festival international qui attire beaucoup de monde. L’Abissa fait partie des grands axes du tourisme ivoirien avec sa royauté.

 

Christian GUEHI

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

1096total visits,1visits today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *