Mathieu Djedjero : construire pour l’avenir

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Il est l’un des entrepreneurs en vue de la Côte d’Ivoire. Mathieu Djedjero, ingénieur TP, est le fondateur de la société Côte d’Ivoire Construction, Cico, qui s’est positionné comme l’un des leaders du domaine en quelques années. C’est l’occasion de mieux comprendre les enjeux d’un secteur vital qui fait souvent dire : lorsque le bâtiment va, tout va.


Comment se porte le secteur du bâtiment en CI ?

La Côte d’Ivoire a connu ce qu’on pourrait appeler un âge d’or dans le domaine de la construction : les années soixante-quatre-vingt, disons même jusqu’en quatre-vingt cinq dis. La majorité des ouvrages aujourd’hui visibles dans le pays ont été construits à cette époque. Il a fallu attendre ces dernières années, une fois la paix revenue, pour que le président Ouattara puisse entamer au nom de l’État des projets d’infrastructures importants tels que le pont Henri-Konan-Bédié à Abidjan, le barrage de Soubré dans le sud-ouest du pays, ou encore, en ce moment, l’élargissement du canal de Vridi.

Par ailleurs, le secteur de la construction plus classique se porte très bien, il suffit de voir les nombreux programmes de logements neufs aux périphéries d’Abidjan pour s’en convaincre, mais tout le secteur se trouve face à un gros défi. Quand bien même les professionnels sont bien formés, ils n’ont pas eu l’occasion de travailler sur des projets novateurs. Je fais référence aussi bien aux grands chantiers très techniques qu’aux constructions plus classiques, mais pour lesquelles les normes et les matériaux ont évolué très vite ces dernières années. Les ingénieurs ou les techniciens ont suivi des études théoriques, mais n’ont pas eu l’occasion de mettre en pratique leurs connaissances. L’enjeu est donc de former techniquement et humainement – en matière de sécurité notamment – notre personnel.

 

Qu’apportent les grands travaux de l’État, auxquels vous participez parfois, à l’économie du pays ?

Indéniablement, les gros chantiers ont permis d’insuffler un vent de dynamisme à l’ensemble du secteur et de nombreuses entreprises locales en profitent aujourd’hui, mais il y a un effort à fournir pour que ces grands travaux soient aussi ceux de la grande répartition. Par exemple, lors de la construction du troisième pont d’Abidjan, il y a eu un travail remarquable de la part du maître d’œuvre, Bouygues en l’occurrence, pour effectuer un véritable transfert de compétences vers ses sous-traitants. L’objectif était de permettre aux sociétés locales impliquées, dont nous faisions partie, d’acquérir un niveau technique et humain suffisant pour pouvoir ensuite travailler de façon plus autonome. Sur le projet du pont, les responsables de Bouygues nous ont formés, à la fois sur la partie technique mais aussi et surtout sur la partie managériale : la gestion de projet, la vision à moyen et long terme, la méthodologie,… Nous avons bénéficié d’un partage et notre volonté aujourd’hui est de pouvoir retransmettre, à notre tour, ces notions à nos partenaires. Je pense donc que ces grands travaux doivent être, dans une certaine mesure, une opportunité pour que les entreprises ivoiriennes soient capables de construire, dans un avenir proche, des ponts, des barrages et des ouvrages de grande envergure.

 

Votre société s’est beaucoup développée, où en êtes-vous aujourd’hui ?

J’ai perçu la crise ivoirienne comme une opportunité. Il faut comprendre qu’à cette époque, le secteur du bâtiment étant au point mort, la plupart des grosses entreprises ont quitté le pays. N’ayant pas d’autres choix que de parier sur la fin de la crise, nous avons préféré investir, notamment en formation et en matériel technique, afin d’acquérir le niveau de professionnalisme nécessaire le moment venu. Par exemple, il y a quelques années, lorsque nous avons construit le centre de secours de N’Zianouan, nous avons utilisé une grue. Le site étant très visible, cela nous a amené des contacts, car les clients ont compris notre sérieux et nos moyens. Nous avons eu la chance de travailler sur des projets d’envergure tels que l’aire du péage du pont HKB, le lotissement Synatrésor ou le projet Green. Aujourd’hui Cico travaille aussi bien avec des structures publiques que privées sur des projets aussi variés que des complexes industriels, des villas de standing, ou des bâtiments administratifs.

 

Pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours personnel ?

Je suis diplômé de l’École nationale des travaux publics de Yamoussoukro. Après l’école, j’ai eu l’opportunité de travailler, tout d’abord, sept mois chez Sonitra sur un projet à Daoukro, puis deux ans chez Pebaci, qui était, à l’époque, un grand nom dans le secteur du bâtiment. J’ai ensuite été engagé chez Silov comme directeur technique, une société spécialisée dans la construction, la rénovation et l’entretien des piscines où j’ai travaillé deux ans et demi. En mars 2000, lorsque je démarre Cico, j’ai donc un peu d’expérience en tant qu’ingénieur et dans la mise en place de chantiers.

Pendant les débuts de Cico en mars 2000, nous partagions un appartement avec deux amis diplômés de la même école d’ingénieur que moi mais qui ont dû quitter le logement lorsqu’ils se sont mariés. J’ai gardé une chambre pour dormir, une chambre comme bureau et une chambre en sous-location, ce qui me permettait de conserver l’appartement, car j’aurais eu du mal à ne pas réduire les charges.

L’activité de Cico a démarré dans la piscine : une piscine, deux piscines, des réparations, une première belle piscine dont les clients se font l’écho et nous confient un bâtiment d’usine, puis un immeuble de bureau… Sur la période de 2000 à 2010, nous avons réalisé les plus belles piscines du pays, et l’avantage du secteur est que ce sont des clients d’un certain standing que nous avons eu l’occasion d’accompagner sur des projets de construction générale.

Avec l’agence d’architecture Koffi & Diabaté, nous avons ensuite eu l’occasion de travailler sur les agences du groupe bancaire Versus. Mais le bâtiment implique une autre dimension, financière, technique et d’image également. 

Quand le bâtiment s’est développé à partir de 2005, les appels d’offres impliquaient des budgets bien plus importants que ceux des piscines, et il nous a fallu convaincre nos clients que nous avions la capacité non seulement technique mais aussi financière de leur projet.

 

Combien de personnes chez Cico et quelle philosophie ?

Environ 200 personnes, mais tout dépend des chantiers en cours – par exemple, nous étions près de 1 000 il y a deux ans. Ils se répartissent entre personnel d’encadrement (environ 10 %), personnel technique (60 %) et personnel administratif (les 30 % restants) avec des expériences professionnelles variées puisque le plus expérimenté travaille dans le secteur depuis 34 ans mais que nous recrutons également de jeunes diplômés. Nous avons surtout à cœur de valoriser le travail sur le terrain et de donner aux techniciens (grutier, topographe, spécialiste béton…) ainsi qu’aux ingénieurs une véritable autonomie pour exprimer leurs compétences.

 

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Nous constatons aujourd’hui que la Côte d’Ivoire est le poumon économique de la sous-région, mais que les entreprises du secteur de construction n’ont pas encore atteint de position régionale importante. Je pense donc que Cico a toute sa place dans ce positionnement de leader régional pour aller construire, au Gabon ou au Burkina, le même type de projets que ceux que nous réalisons dans le pays.

De façon plus générale, je pense que les jours difficiles sont derrière nous et que nous pouvons envisager le futur avec sérénité pour construire un bel avenir à la future génération ouest-africaine.

 

Bio express

  • 1968 – Naissance à Abidjan.
  • 1995 – Diplôme d’ingénieur TP à l’INP de Yamoussoukro
  • 1995 – Ingénieur chez Sonitra
  • 1997 – Directeur technique chez Silove
  • 2000 – Création de Cico

 

Cico

La société se définit comme le moteur de la construction en Afrique. Elle intervient dans trois domaines.

  • Bâtiment tout corps d’État : du gros œuvre au second œuvre, en passant par l’aménagement, la finition, l’embellissement et le sol.
  • Ouvrages de génie civil : conception, réalisation, exploitation et réhabilitation d’ouvrages de construction et d’infrastructures.
  • Voiries et réseaux divers : intervention sur l’ensemble des réseaux d’alimentation d’habitation, ainsi que les voies de circulation (réseau électrique, eau, gaz, eaux usées).

Aujourd’hui, Cico souhaite s’étendre au reste de l’Afrique en mettant son expertise à la disposition des États, des sociétés publiques et privées, des organismes internationaux, des professionnels et des particuliers afin de relever des challenges de plus en plus importants.

 

Afrique 21

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