Gervais Koffi Djondo, l’autre nom du panafricanisme financier

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Rigueur, conviction, clairvoyance et respect, voici la nature de Gervais Djondo, l’un des plus personnage de l’Afrique. Un symbole de bravoure. Il fait partie de ces Africains dont les actes et les distinctions parlent plus fort que leur passage à la télé ou à la radio. Être distingué AfroChampion, n’est pas donné à tout le monde et surtout quand on a été sélectionné, en 2013, lors de l’Assemblée générale de l’ONU au « Lifetime Achievment Award », à New York. Gervais croit en l’Afrique, à ses richesses et au potentiel de ses habitants. Convaincu que le panafricanisme et l’entrepreneuriat sont les clés de l’émergence de l’Afrique, Gervais Djondo, le fondateur d’Ecobank et d’Asky Airlines ne cesse de le démontrer à la jeunesse africaine. Afrique 21 à travers ce portrait vous invite dans son univers.


Ecobank et d’Asky Airlines (compagnie aérienne), les deux grandes success-stories africaines sont les propriétés du solide et émérite entrepreneur africain Gervais Koffi Djondo. Être le fondateur d’Ecobank et d’Asky Airlines révèle d’une excellence connaissance de l’Afrique au vu du grand succès rencontré par ces deux entreprises. Né à Djondo-Condji, au Togo dans l’année 40, Gervais Koffi Djondo est un homme discret et peu connu du grand public en dehors du Togo. Mais ces entreprises ont une excellente renommée et réputation à travers toute l’Afrique et dans certains pays du monde. L’histoire de Gervais Koffi Djondo est grande et riche d’enseignements.

 

Sa vie politique en bref

La vie professionnelle de Gervais a été une vie marquée de rigueur dans le travail. C’est véritablement en 1950
à Niamey, au Niger, qu’il occupe le poste d’expert-comptable à la régie générale des chemins de fer et aux travaux publics du Niger. L’excellence de son travail très apprécié par ses patrons lui donne des galons. Conséquence, il est nommé directeur administratif
 et financier de la société française Sotra. Ce qui étonne, c’est que nous sommes dans les années 50. Une période où le pays est dirigé par les colons et où il n’était pas aisé pour les Africains, quoique cadres, de vivre heureux. Malgré cela, Gervais continuait son bonhomme de chemin avec courage et dans l’excellence. Pendant ce temps, une cause lui tenait à cœur. Celle de l’épanouissement de ses frères (travailleurs nigériens). Ce qui l’oblige à s’inscrire au syndicat CFTC, avec pour objectif d’aider ses frères africains qui étaient maltraités dans l’entreprise.

En 1956 est signée la première convention collective de l’Afrique de l’Ouest. Djondo se lie d’amitié avec
le syndicaliste nigérien Djibo Bakary, très proche de Sékou Touré, le leader politique guinéen. C’est une période d’effervescence politique. Entre mouvement syndicaliste et opinion face au gouverneur colonial français, Djondo finit par être licencié, par sa société. De retour au Togo, son pays, après plusieurs circonstances politiques entre Sylvanus Olympio et Grunitzky, il est reçu par le président français de Gaulle, qui lui offre une bourse pour s’inscrire à l’Institut des sciences sociales du travail. Et, il en sort diplômé de l’École nationale de la France d’outre-mer.

 

Une autre étape de sa vie marquée par l’entrepreneuriat

De retour au Togo, il crée le régime des accidents de travail qui deviendra en 1968 la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS). Djondo avait décelé certaines carences dans le personnel. Ce qui n’était pas de nature a donné de bons résultats. Il prit une résolution et commença à être ferme envers ses employés. Un seul mot d’ordre : la rigueur pour atteindre ces objectifs. Cette rigueur et cette dureté dans le travail lui confèrent une réputation nationale si bien qu’il est sollicité. Mais par qui ? Le général Eyadema, nouveau président du Togo. Pourquoi le sollicite-t-on ? Eh bien, le nouveau président voyait ainsi en lui la personne idéale pour mettre de l’ordre dans les services de
la préfecture de Lomé. Il sera nommé préfet de la capitale, mais tout en gardant son poste de directeur de la CNSS.

 

Le premier projet de son empire

Entre 1972 et 1973, Djondo fait construire pour la CNSS les Résidences du Bénin, un complexe immobilier
sur 1 000 hectares de logements pour rentabiliser les réserves de la CNSS. La suite est à la hauteur de son talent. En 1973, il devient président du Conseil économique et social togolais. Se sentant plus libéral, il rompt avec cette fonction et se lance avec conviction et détermination dans le secteur privé. La suite ? Une chose est certaine, il sortira directeur général de la filiale togolaise du groupe français Scoa. Et, en 1975, il est élu président de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo
et reste à ce poste jusqu’en 1985, où il entre au gouvernement en tant que ministre de l’Industrie et des Sociétés d’État. Il sera chargé de faire passer la pilule des privatisations dans ces années de crise économique, marquées par les programmes d’ajustements structurels
imposés par le FMI et la
Banque mondiale.

 

La naissance d’Ecobank et le soutien d’Houphouët Boigny à Djondo

Il existe une certaine amitié qui tire vers le haut. Savoir choisir ses amis est un don. Et Djondo possède ce don. Koffi Djondo se lie d’amitié avec le Nigérian Adeyemi Lawson, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nigeria. Leur complicité et leur vision commune seront déterminantes pour la création d’Ecobank. Dans leur campagne d’imposer cette banque dans le cercle de la CEDEAO, leur rencontre avec le président de la République ivoirien Félix Houphouët-Boigny fut le déclic. Comme il le témoigne en ces mots : « Le président ivoirien Houphouët-Boigny était tellement enthousiaste qu’il nous a accompagnés sur le perron du palais et a déclaré publiquement, devant la presse, que c’était la première fois qu’il voyait des Africains qui venaient lui présenter un projet sans lui demander d’argent. » La suite est émouvante. Retenons que la mise en place d’Ecobank fut un véritable jeu d’échecs avec les barons africains et français de la BIAO devenu aujourd’hui NSIA.

Au démarrage d’Ecobank, Djondo et Lawson engagent la mobilisation pour lever les fonds. Objectif : 50 millions de dollars. Au début, 36 millions de dollars sont réunis par 1 200 actionnaires dans
 14 pays. Plusieurs banques françaises sont sollicitées pour les aider à monter techniquement la nouvelle institution. Il se souvient : « Toutes ont décliné notre offre. Nous nous sommes alors tournés vers Citibank, qui nous a proposé une équipe, et en moins d’un an, en 1985, nous avons monté la banque. Nous avons installé le siège à Lomé, non pas parce que je suis togolais, mais parce que le Togo est le seul pays qui ait accepté de nous accorder un statut fiscal de société offshore. »

Conclusion : en un peu plus d’un quart de siècle d’existence, Ecobank s’est rapidement développée. L’institution est présente dans 33 pays africains, plus qu’aucune autre banque au monde. Elle emploie 18 000 personnes de 40 nationalités différentes. De 2 007 à 2 012, son chiffre d’affaires est passé de 544 millions à 1,75 milliard de dollars.

 

Après Ecobank, place à l’aviation

Le succès d’Ecobank va pousser de nombreux responsables politiques africains à solliciter Koffi Djondo après la mort d’Air Afrique, pour qu’il reprenne son bâton de pèlerin et crée une nouvelle compagnie aérienne panafricaine. Une autre histoire passionnante qui montre l’impact de Djondo. La vie de ce panafricanisme est un délice à découvrir. Avec lui, les techniques sont les mêmes.
Comme pour Ecobank, il crée une société de promotion, la société de promotion d’une compagnie aérienne régionale (SPCAR). Plusieurs institutions financières sont impliquées. La SPCAR est dotée au départ d’un capital de 1,2 million de dollars. Elle va mener les études de faisabilité. Le capital social de la compagnie sera fixé à 60 milliards de francs CFA, mais 25 milliards sont libérés au démarrage. Le partenaire technique est Ethiopian Airlines, qui détient 25 % des parts, avec un contrat de gestion de cinq ans.
Lancée le 15 janvier 2010, Asky Airlines est devenue en trois ans seulement la compagnie aérienne sous-régionale de référence. Elle a un taux de remplissage de 75 à 80 % et couvre 22 destinations dans 19 pays. Sa flotte est composée de trois Boeing 737-700 et de quatre bombardiers Dash 8 nouvelle génération.
Aujourd’hui, à plus de 80 ans, Gervais Koffi Djondo ne cessera jamais de le dire : « Le panafricanisme, pour moi, ce sont des actions concrètes. Les grosses compagnies aériennes dans le monde se regroupent. Mais les pays africains continuent de créer de petites compagnies par égoïsme national. Nous devons comprendre, comme l’a dit Obama lors de sa dernière visite sur le continent, que l’Afrique de demain sera faite par les Africains. »

Christian GUEHI

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