André Braud-Mensah : Un café ivoirien, sinon rien

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Le fondateur d’Ivoryblue, la première marque de café capsule ivoirienne, est en passe de réussir son pari : faire boire aux ivoiriens des expressos ivoiriens, et par là même faire redécouvrir aux amateurs de café les grandes qualités gustatives de l’or noir national. Rencontre autour d’un Azaguié, l’un des sept crus de la marque.


Le constat est simple : la Côte d’Ivoire ne boit pas son café. Et le pari d’André Braud-Mensah l’est tout autant, il faut que cela change. Pour ce faire, l’entrepreneur s’est non seulement formé au métier de torréfacteur, mais aussi lancé dans l’industrialisation. Il profite de la fin du brevet de Nestlé sur les capsules, en 2013, pour rentrer sur ce marché.

Avec un grand-père président de la Caistab (la caisse de stabilisation du café cacao, grand ordonnateur du marché ivoirien), il a grandi dans le domaine du café-cacao. C’est sans doute cette sensibilité au produit qui lui permet et lui donne l’envie de se lancer dans l’industrialisation. Ingénieur télécom, il travaille lui-même dans un tout autre domaine que le café puisqu’il est membre du conseil de régulation des télécoms. Mais une fois terminé son mandat, il profite d’une période de trois ans pendant laquelle il ne peut légalement travailler dans le même secteur pour se lancer dans l’aventure Ivoryblue. Il crée une marque – dont le nom est un clin d’œil au célèbre BlueMountain jamaïcain, et les couleurs, le brun et bleu clair de son logo, illustrent la terre de Côte d’Ivoire qui rencontre l’océan – et, plus récemment, un lieu de vente et de dégustation en plein Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan, qui attire quotidiennement gourmets et curieux.

Mais avant cela, il lui a fallu apprendre le café. Ainsi, dès 2014, il visite ce qui se fait dans le domaine du café-capsule dans le monde, puis se forme en Espagne chez l’équipementier qui le fournit industriellement. Il découvre les cafés du monde, affine son goût à l’école du café. Il réalise à cette époque combien la matière est complexe à comprendre et à interpréter, tellement les variétés et les nuances sont nombreuses. Par chance, la Côte d’Ivoire produit essentiellement du robusta, un café puissant et doux selon la nomenclature internationale, et il peut apprendre sur une variété limitée.

Il découvre aussi, à cette occasion, que le robusta ivoirien conserve presque toute sa saveur une fois encapsulé, car il a une force qui se comporte bien malgré un temps de passage très court dans la machine. Un cru comme l’Azaguié par exemple, un pur robusta bio fort en acides gras, offre au consommateur de café-capsule quasiment la même sensation qu’avec un café machine.

Le paradoxe est que les consommateurs ivoiriens n’ont droit depuis des années qu’à un café médiocre, le grade 4 et en deçà, les autres qualités étant réservées à l’exportation. André Braud-Mensah négocie avec conseil du café-cacao pour pouvoir torréfier et vendre sur place des cafés de grade 0 et 1 (la qualité supérieure) pour offrir à ses clients un café de spécialité issu des terroirs ivoiriens avec un objectif bio : il travaille ainsi avec l’Anader – l’Agence nationale pour le développement – qui encadre et contrôle les producteurs, et avec l’agence Écocert afin d’obtenir le label bio.

Car c’est l’un des principes d’Ivoryblue, non seulement acheter un café non traité, mais assurer un process sans ajouts : le café en grains verts est torréfié, stabilisé en chambre pendant 48 heures, moulu et encapsulé le même jour dans l’unité de la marque. Les capsules sont en polypropylène, et même si à ce jour les membranes sont encore en aluminium, André teste en ce moment des membranes en papier recyclé, dont l’usage, sʼil est confirmé par les tests techniques de conservation et de bonne résistance à la perforation, feront d’Ivoryblue un café 100 % bio.

Outre l’ouverture de franchises au niveau international, on parle du Canada et de Dubaï dans un premier temps, la stratégie d’Ivoryblue est tout d’abord de rendre le café accessible en Côte d’Ivoire. Ce qui serait, en fait, un légitime retour des choses. En effet, dans les années soixante-dix, de nombreux kiosques proposaient en ville du café ivoirien. Et l’idée d’André Braud-Mensah est de redonner cette possibilité aux consommateurs : un café abordable et de qualité dans des kiosques design. Les premiers kiosques Ivoryblue sont en cours d’installation dans plusieurs quartiers d’Abidjan : tous à vos tasses !

 

Afrique 21

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