Marguerite Abouet : ‘’L’Afrique doit se réapproprier son écran’’

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Marguerite Abouet, née en 1971 à Abidjan (Côte d’Ivoire), est  une auteure  qui  a plusieurs cordes à son arc  scénariste, réalisatrice, comédienne et dialoguiste. C’est à l’âge de 17 ans que le goût pour l’écriture s’empare d’elle. L’adolescente d’ hier par sa plume  à un tableau riche en distinction aujourd’hui. Marguerite a obtenu le Prix du premier album au festival d’Angoulême en 2006. Elle  fera exploser les chiffres de vente avec cinq autres tomes de « Aya de Yopougon, écoulés à plus de 700 000 exemplaires. Afrique 21 vous invite à un voyage avec la conceptrice d’Aya de Yopougon, d’Akissi et de Bienvenue, des personnages à elle.


Marguerite et le Sénégal

Aujourd’hui, les premiers grands décors de cinéma en Afrique après « Nollywood », sont tracés par  « Dakarwood », dont l’une des pionnières de ces grands studios est Marguerite Abouet.  « Dakarwood », est un studio qui a permis la production des épisodes du tout premier feuilleton panafricain entièrement produit sur le continent. Intitulée « C’est la vie » Diffusée dans 44 pays d’Afrique subsaharienne pour la saison 1, son audience dépasse les 100 millions de téléspectateurs potentiels.

Marguerite avait  été commise  par Alexandre pour animer avec du divertissement une série télévisée destinée à sensibiliser le public sur les problématiques de santé en Afrique.  L’objectif de cette série télévisée était de promouvoir un changement de  comportement  vis-à-vis des risques énorme de maladie auxquelles les populations au Sénégal étaient confrontées.  La stratégie était de véhiculer des messages à travers des feuilletons télévisés, en se basant sur les références culturelles et sociales communes.  C’est ainsi que Marguerite s’adonna aux bandes dessinées parce que les gens s’identifient immédiatement aux personnages. Et c’est de cette  expérience que les premiers studios de « Dakarwood » ont vu le jour.

 

La nostalgie de Marguerite à Yopougon

A Yopougon, sa famille y réside, Ces amis aussi. Les personnages principaux des bandes dessinées de Marguerite ont des noms à l’ivoirien tiré du pays Akan. ‘’Aya’’ signifie donc  ‘’Une jeune fille née un jeudi’’. Quant à ‘’Akissi’’, c’est ‘’Une  jeune fille née un dimanche’’. ’’Bienvenue’’ est un  nom adorable qu’utilise les ivoiriens et qui se traduit  Akan Akwaba. Ces noms, vous les trouverez encore et encore à Yopougon. L’Afrique en générale et la Côte d’Ivoire en particulier reste fidèle à ces  traditions et alliances interethniques. Et Yopougon reste un fiel à Abidjan ou la fraternité, la joie de vivre  et le bon humour est irréprochable. Pour ceux qui y ont vécu, difficile d’oublier ces moments. Marguerite en est une victime de cette nostalgie. Nostalgie qui a fait d’elle l’une des grandes figures de la bande dessinée à travers le monde.

Témoignage de Marguerite sur  Yopougon


« L’Afrique est drôle. Moi je suis Africaine, j’ai vécu dans un quartier populaire, Yopougon, où il y a de la misère mais comme partout. J’ai une écriture heureuse parce que je viens d’un pays heureux. Je pense que l’humour est dans l’ADN des Ivoiriens. Ils sont drôles, caustiques, ils sont toujours en train d’inventer une danse, une musique ! Et Yopougon foisonne de tous ces talents. Certains de mes personnages sont tristes, mais je mets beaucoup d’optimisme dans ce qu’ils sont ».

La démarche de Marguerite Abouet

Aya de Yopougon aborde quatre thèmes : la santé maternelle et infantile, les violences faites aux femmes, l’éducation sexuelle et  le plannig familiale   Ces thèmes ont du sens et de la valeur de la présence des hommes. Les femmes dans la série ont toutes des antagonistes et ce sont des hommes.  Pour Marguerite, l’intrigue est importante car elle permet de laisser l’autre se  faire sa propre opinion de ce qu’il voir, entend et ressent. C’est le cas de « Ratanga », un quartier imaginaire qu’elle présente afin que chacun puisse se dire « Tiens, ce quartier ressemble à mon quartier. ». Avec Marguerite, il y a une démarche naturelle de l’imaginaire. Elle est très précise dès le départ : des endroits précis, un quartier qui ressemble à n’importe quel quartier en Afrique, des gens très précis avec des problèmes précis.  C’est par exemple la série une sage-femme un peu brutale qui s’appelle Korsa. Des personnages qui se retrouvent dans le réel en Afrique. Des maris polygames aussi etc.
Marguerite et les programmes de télévision en Afrique

Pour Marguerite, on a abreuvés l’Afrique de séries brésiliennes, de l’Europe de l’est ou de la Turquie. Les Africaines veulent ressembler à ces héroïnes de télénovelas. Aujourd’hui il faut qu’on se réapproprie nos écrans. Marguerite pense que l’on peut faire des séries ambitieuses avec un contenu intelligent et des visages qui ressemblent aux couleurs et aux images du continent.

Les Distinctions de ‘’Aya de Yopougon’’
« Aya de Yopougon » est la première histoire qu’elle a écrite et scénarisée pour la bande dessinée. « Aya de Yopougon » a obtenu le Prix du Premier Album au festival d’Angoulême en 2006. Le prix du Margouillat, décerné lors du festival Cyclone BD 2007 à la Réunion a couronné le 3ème volet de « Aya de Yopougon » comme meilleur album en 2007. Avec une voix et un humour inédits, elle y raconte une Afrique bien vivante, loin des clichés de la guerre et de la famine. Clément Oubrerie illustre avec esprit et authenticité le récit de Marguerite Abouet.

 Ce film de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie dure1 heure 24 minutes. Une histoire intéressante qui ramène sur les traces de Aya, une jeune fille de 19 ans  et héroïne qui vit à Yopougon, quartier  choc d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

A la fin des années 1970, Aya, la jeune fille sérieuse préfère rester à la maison plutôt que de sortie avec ces deux amies. Elle partage ses journées entre études, famille et ces deux meilleures amies.  Si Aya souhaite devenir médecin, ces deux amies, elles sont plutôt attirées par les virées nocturnes ou l’adultère et la fornication font rage dans les maquis de Yop City.

Autour de ce trio, on croise Ignace, le père volage d’Aya qui jongle entre deux bureaux. Moussa le fils du tout puissant  Bonaventure Sissoko qui compte sur sa Toyota pour emballer les filles. Fanta et Koro, des mamans qui s’efforcent de protéger leurs filles ou Grégoire, le parisien, qui impressionne avec son margot. Les choses se compliquent lorsqu’Adjoua tombe enceinte par mégarde. Que faire ? Quand elle n’arrive pas  à gérer sa situation. L’astucieuses Aya décide de lui venir en aide. La suite est pleine de sensation.

‘’Aya de Yopougon’’ est une belle  histoire universelle mise  en valeur par la voix de Aissa Maiga et qui parle tout simplement de la vie. Une véritable atmosphère de joie et de bonne humeur qui se dégage à Yopougon. Le tableau est tendre mais pas idéaliste. Le charme de ce film est dans sa tendresse réaliste et sans complaisance dans sa manière d’aborder les sujets les plus graves dans un éclat de rire. Le mélange de musique ivoirienne, cubaine et autre est aussi une  très belle illustration dans l’harmonie des dires et des gestes dans les différentes séquences du film. L’unique regret dans ‘’Aya de Yopougon’’, c’est qu’il n’y véritablement pas de fin mais en même temps, c’est comme la vie, ça ne s’arrête pas vraiment, c’est juste un épisode d’une longue aventure.

 

Christian GUEHI Hervé

 

 

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