L’or akan, un peuple au cœur du commerce mondial

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Les Akans, installés principalement au Ghana et en Côte d’Ivoire, disposaient de poudre d’or pour leurs échanges et avaient mis au point un système particulièrement original de pesée de la poudre, grâce à des poids à l’esthétique remarquable.


À travers la présentation de sept cents poids et de nombreux documents, l’exposition du musée d’Aquitaine de la ville de Bordeaux révèle l’originalité et la richesse de cette civilisation de l’or, et ses relations avec les Européens durant quatre siècles.

Les Akans constituent un ensemble d’une quinzaine de peuples apparentés par la langue et la culture. Ils vivent au centre et au sud du Ghana et au sud-est de la Côte d’Ivoire, sur des territoires qui s’étendent sur 150 000 km2. On estime leur nombre actuel à 20 millions. Les groupes les plus connus sont les Baoulés et les Agnis à l’ouest, les Ashantis et les Fantis à l’est.

Selon la tradition, les Akans auraient migré vers le Sud, de la rive nord du Niger vers la forêt tropicale, pour sauvegarder leur indépendance religieuse, lors de la disparition de l’empire du Ghana au début du XIIIe siècle. La plupart des peuples akans étaient organisés en royaumes très hiérarchisés, composés de clans matrilinéaires, le pouvoir et les biens se transmettant d’oncle maternel à neveu utérin.

Leur histoire est une longue succession de conflits pour le contrôle des zones aurifères et des routes commerciales, qui aboutit à la fin du XVIIe siècle à la domination des Ashantis, dont l’empire ne disparaîtra qu’en 1896, après une lutte acharnée contre les Anglais. Pendant plus de six cents ans, les Akans ont développé une civilisation brillante, partie prenante du commerce international de l’ère préindustrielle. Malgré la colonisation, à laquelle ils ont longtemps résisté, ils ont su garder vivantes une bonne part de leurs structures sociales et de leurs traditions dans lesquelles, bien que démonétisés, les poids de l’or ont conservé une forte valeur symbolique.

 

Un commerce équilibré

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’or, que les Akans nommaient sika, se devait d’être montré. Ils s’en paraient au quotidien et à l’occasion des cérémonies pour affirmer leur position sociale. La poudre d’or n’était qu’une monnaie en circulation et ils ne lui donnaient pas plus de valeur qu’aux poids qu’ils utilisaient pour la pesée, échangeant la poudre, mais gardant pieusement leurs poids. Du laiton, du cuivre, un fusil, un couteau, des étoffes, des perles, étaient bien plus rares, et tout aussi désirables et utiles que l’or sur le plan matériel et politique. De fait, la rentabilité de la traite était loin d’être garantie pour les Européens et la vulnérabilité des peuples côtiers a vite fait place à une redoutable habileté commerciale et politique, dont se plaignaient régulièrement les traiteurs européens cloîtrés dans leurs concessions

côtières. À la fin du XVe siècle, l’invention d’un nouveau type de bateau, la caravelle, ouvre l’ère de la navigation océanique, et des grandes expéditions en direction de l’Afrique et des Indes puis des Amériques. Ces voyages posent les jalons de la « traite transatlantique », la première des mondialisations. Les Akans, principaux producteurs d’or, maîtres de la côte et de l’arrière-pays et jaloux de leur indépendance, traiteront d’égal à égal avec les Européens pendant les quatre siècles que durera ce système d’échange.

 

Le dja ou trésor familial

Les réserves de poudre d’or, l’ensemble des poids et des instruments de pesée, complétés de quelques reliques, composaient le dja, ou trésor familial. Ce dja, de transmission matrilinéaire, jouait un rôle très important dans les cérémonies qui rythmaient la vie des Akans. Aujourd’hui encore, ceux qui ont été conservés dans les familles font l’objet de secrets et de tabous puissants. Si les poids les plus anciens sont de forme géométrique, de décor abstrait et sont réputés d’origine arabe, sont rapidement apparus des poids figuratifs. Moins utilisés que les poids géométriques pour la pesée, car moins précis, ils participaient essentiellement au caractère ésotérique du dja. Représentant la flore, la faune et la population dans tous les aspects de sa vie matérielle et spirituelle, ils étaient l’encyclopédie du monde akan, dont ils servaient à enseigner le savoir et les mythes moyens des maximes et proverbes dont ils étaient le support. Ces poids dont l’apparition remonterait au début du XVIIe siècle ne doivent rien à la tradition arabe et sont en propre le fruit du génie africain. En 1962, c’est l’un d’entre eux, représentant un poisson-scie, symbole de fécondité et de prospérité, que la BCEAO a choisi pour emblème du franc CFA, refermant ainsi la boucle de cinq siècles d’histoire commune à l’Europe et à une Afrique redevenue indépendante.

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