Alain Kouadio, l’esprit d’entreprendre

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

À la tête du Groupe Kaydan, spécialisé dans l’immobilier et la téléphonie, Alain Kouadio est aussi vice-président de la CGECI, le patronat ivoirien, et son héraut de fait tant il est présent pour aider et promouvoir l’esprit d’entreprise. Il est l’initiateur de la CGECI Academy, manifestation devenue en trois ans une référence pour l’entreprenariat en Côte d’Ivoire. Rencontre avec un entrepreneur convaincu et convaincant.


1 – Comment se porte le secteur privé ivoirien ?

Le secteur privé ivoirien se porte de mieux en mieux et s’inscrit dans une dynamique de croissance. Plus de 5 000 entreprises ont été créées en 2014. Et plus de 1 500 depuis le 1er janvier 2015. La Côte d’Ivoire a cette chance de repartir vigoureusement après chaque crise : son économie est particulièrement résiliente.

Dans une économie libérale comme la nôtre n’ayant pas de capitalisme d’État, la richesse est produite essentiellement par le secteur privé ivoirien. La forte croissance de l’économie ivoirienne qui s’établit en moyenne à 9 % depuis la fin de la crise post-électorale est essentiellement due au dynamisme de son secteur privé.

Le dynamisme du secteur privé ivoirien se matérialise aussi par sa forte implication dans toutes les décisions touchant à la vie des entreprises en Côte d’Ivoire mais aussi à l’environnement des affaires.

Afin d’avoir une meilleure appréhension de son dynamisme, le patronat ivoirien vient de créer un indice qui mesure la performance du secteur privé ivoirien (IPSP-CI). Cet indice sera publié une fois par mois.

2 – Qui sont les entrepreneurs en Côte d’Ivoire ?

Les entrepreneurs en Côte d’Ivoire sont des hommes et des femmes de tout âge : jeunes, moins jeunes. Ils investissent dans des secteurs variés : agribusiness, industrie, BTP, commerce, TIC et autres services, et viennent ainsi confirmer la relative diversification de l’économie ivoirienne. Ils ont fondé des entreprises de toute taille : petite, moyenne ou grande dispersées sur toute l’étendue du territoire.

Les entrepreneurs ivoiriens ont fondé des entreprises qui sont des références en Afrique dans leur secteur : SIFCA, NSIA, SIPRA… Mais ce sont aussi des dirigeants de PME qui ont le potentiel à devenir des grandes entreprises de référence.

3 – Quelles propositions concrètes pour développer l’esprit d’entreprise ?

La première étape à mon avis pour développer l’esprit d’entreprise est de promouvoir la culture entrepreneuriale à travers des actions concrètes et pragmatiques.

C’est la stratégie adoptée par le secteur privé ivoirien à travers de nombreuses initiatives telles que la CGECI ACADEMY, premier forum économique dédié à la promotion de la culture entrepreneuriale.

Pendant longtemps, être entrepreneur n’était pas la première option de l’Ivoirienne et de l’Ivoirien. L’Ivoirien, dans sa grande majorité, aspirait en premier ressort à être fonctionnaire ou salarié. Il devenait entrepreneur un peu par défaut. Aujourd’hui, les choses sont en train de changer. Le nombre de participants à des initiatives telles que la CGECI ACADEMY est sans cesse croissant. De 800 participants en 2012, nous avons enregistré plus de 3 300 participants à l’édition 2015. Ce qui démontre l’intérêt des Ivoiriens pour l’entreprenariat.

Nous recevons plusieurs témoignages de cadres d’entreprises, de retraités ou de jeunes qui ont créé des entreprises sous l’impulsion de la CGECI ACADEMY. Nous n’avons aucun doute que ces entreprises qui sont nées sous l’impulsion de la CGECI ACADEMY deviendront des PME pérennes, des grandes entreprises et pourquoi pas des champions nationaux, voire régionaux.

La deuxième étape est de mettre en œuvre une stratégie et des mécanismes pour accompagner les personnes qui se lancent en affaires, les PME et les entreprises ayant le potentiel de devenir des champions nationaux, voire régionaux. Ces mécanismes devront couvrir l’accès au marché, à la compétence et au financement. À ce titre, la CGECI a mis en place un accélérateur dont la vocation est d’accompagner les nouvelles entreprises. Elle a par ailleurs créé un fonds de garantie pour faciliter l’accès au financement des TPM.

 

4 – Cela passe-t-il par des décisions politiques ? Si oui, lesquelles ?

Aucun pays n’a pu faire émerger des champions nationaux/régionaux sans une volonté politique forte. C’est à travers des politiques spécifiques instituées par les gouvernants favorisant l’entreprenariat national qu’ont émergé des champions nationaux.

Nos gouvernants en sont conscients et ont maintes fois exprimé leur volonté d’accompagner toute stratégie visant à l’émergence de champions nationaux. C’est le gage d’une croissance économique inclusive. Elles ont affiché au plus haut sommet de l’État leur volonté de mettre le secteur privé au cœur de la stratégie économique de développement. Ce prérequis pour l’émergence des champions nationaux est donc réalisé.

Pour sa part, le secteur privé ivoirien a mis en place une « task force » composée d’entrepreneurs confirmés dont le but est d’élaborer une stratégie pour l’émergence des champions nationaux.

Nous proposerons à nos gouvernants les mécanismes pour créer un environnement spécifique dans lequel les petites et moyennes entreprises locales seront protégées des gros afin qu’elles puissent se muscler pour pouvoir se défendre toutes seules.

C’est ce que les anglophones appellent le « local content » ou, si vous voulez, la préférence nationale.

 

5 – La CGECI Academy 2015 a été un succès. Quelles en sont d’après vous les raisons ?

La CGECI ACADEMY connaît ce succès pour deux raisons essentiellement :

la première, c’est le pragmatisme des sujets abordés. Il s’agit de sujets qui touchent tout de suite toutes les catégories d’entrepreneurs. Lorsque vous débattez de sujets tels que : « À quel moment peut-on se lancer en affaire ? » ou « Avons-nous besoin d’un mentor pour réussir en affaire ? », l’entrepreneur aspirant se sent tout de suite concerné, car ce sont des questions qui le préoccupent et auxquelles il n’a malheureusement pas de réponse. Lorsque vous abordez le sujet qui traite des mécanismes innovants et alternatifs de financement, vous allez chercher l’entrepreneur débutant à qui les portes des banques sont systématiquement fermées.

La deuxième raison tient à la qualité des panélistes qui sont en très grande majorité des entrepreneurs confirmés qui abordent les débats avec un tel enthousiasme qu’ils finissent toujours par communiquer leur passion de l’entreprise aux participants. Ces panélistes venus de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique et du monde partagent à cœur ouvert leurs expériences et offrent aux participants des outils pratiques et des solutions concrètes à l’issue des débats.

Les participants à la CGECI ACADEMY repartent plus qu’inspirer par des modèles d’entrepreneurs proches de leurs réalités et outiller pour se lancer sans peur dans une aventure entrepreneuriale.

Les participants à la CGECI ACADEMY ne viennent plus simplement écouter et s’inspirer d’expériences partagées. Ils font désormais la démarche de structurer un projet, de rédiger un business plan et de concourir pour certains à la Business Plan Competition, le concours entrepreneurial organisé à la faveur de la CGECI ACADEMY.

 

6 – Vous êtes vous-même à la tête d’un groupe très actif dans le secteur de la téléphonie et de l’immobilier. Est-il facile aujourd’hui de développer des affaires dans le pays ?

Faisons attention à une telle question. Les affaires, par essence, ce n’est jamais facile, et ce, quel que soit le pays dans lequel vous vous trouvez. Vous allez toujours être confrontés aux problèmes inhérents à l’entreprise, à savoir : vive concurrence, difficulté de trésorerie, difficulté à trouver les bonnes ressources humaines et j’en passe.

Cependant, certains pays travaillent à éliminer les facteurs exogènes à l’entreprise qui peuvent freiner son développement. Ce qui rend moins difficile le développement des affaires dans ces pays. Et c’est le cas de la Côte d’Ivoire.

Lorsque l’on sait le parcours qu’a été celui de la Côte d’Ivoire durant les dix dernières années (situation de crise), figurer au Top 10 des pays les plus réformateurs du rapport Doing Business 2014 et 2015 de la Banque mondiale révèle l’engagement fort du gouvernement à œuvrer pour un environnement des affaires plus attractif.

Ces réformes ont permis d’améliorer des domaines tels que la création d’entreprises, les conditions de transfert de propriété, celles liées aux conditions de délivrance du permis de construire, d’accélérer et d’améliorer la délivrance des décisions de justice en matière commerciale grâce à la création d’un tribunal de commerce.

Avec une économie bien orientée et le climat des affaires qui s’améliore, le pays est propice au développement des affaires.

 

7 – Y a-t-il des points à améliorer ?

Bien sûr qu’il reste encore plusieurs points à améliorer même si ceux-ci n’annihilent pas forcément l’initiative privée.

Je fais ici référence entre autres à la problématique de la part encore très minime des marchés publics remportés par nos PME ; à la réduction des coûts de facteur pour nos entreprises ; à la création de zones industrielles pour l’installation des entreprises ; au règlement des arriérés de la dette intérieure ; au mécanisme d’un remboursement efficace qui ne pénalise plus la croissance et la survie des entreprises.

Fort heureusement, le secteur privé ivoirien bénéficie d’un cadre de dialogue, de concertation avec l’État (comité de concertation État secteur privé présidé par le Premier ministre) qui permet de traiter de ces questions afin d’y trouver des solutions.

8 – Enfin, quels sont d’après vous les secteurs d’avenir ?

La Côte d’Ivoire est le pays des opportunités ! En témoigne la vitalité avec laquelle l’économie ivoirienne est repartie même aux moments les plus sombres de la crise post-électorale de 2010.

Si je devais identifier trois secteurs dont la croissance devrait être accélérée dans les prochaines années, je choisirais :

l’Agribusiness. La base économique de la Côte d’Ivoire, c’est le business autour de l’agriculture (culture d’exportation, culture vivrière, industries agroalimentaires, négoce). L’une des priorités du gouvernement actuel est de tirer parti des performances de la Côte d’Ivoire qui la classent parmi les meilleurs producteurs au monde de cacao, d’anacarde, de palmier à huile, d’hévéa, de café…

Les BTP. Le pays est en pleine reconstruction ; le gouvernement a fait du développement des infrastructures et de l’habitat un pilier important de la relance économique. Une classe moyenne de plus en plus forte à la recherche de logements de standing, de centres commerciaux avec des enseignes de belles factures…

Les secteurs porteurs d’innovation. Il s’agit de tous les services qui intègrent habilement le développement de la téléphonie, des TIC et des nouvelles technologies. Le développement du mobile banking en Côte d’Ivoire en est un exemple patent.

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

943total visits,2visits today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *