Pathé Dione, l’assurance de la réussite africaine

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

L’ancien professeur de mathématiques est devenu l’un des tout premiers assureurs africains avec son groupe Sunu créé en 1999. Récemment refondée, la marque Sunu Assurances, « notre » assurance en wolof, est en plein développement, avec notamment un premier pied dans les pays anglophones. Rencontre pour LeMag avec un PDG qui a tout misé sur le continent.


Quels sont les métiers du groupe Sunu aujourd’hui ?

Nous sommes aujourd’hui un groupe complet qui offre à notre clientèle une gamme complète de services, aussi bien en assurance dommages qu’en assurance-vie. L’image d’assureur-vie à été modifiée. Il y a encore quatre ans, la dominante vie était claire.

Avec la création de Sunu assurances IARD au Sénégal, en Guinée et au Mali, nous allons ouvrir, toujours dans l’assurance dommages, une filiale au Gabon et au Cameroun. Il y aura en 2016 un véritable équilibre dans les deux branches du groupe Sunu. Je dirai même que l’assurance dommages pourrait devenir majoritaire dans le groupe, car nous venons d’acquérir une assurance cotée au Nigéria, qui elle-même dispose de filiales au Ghana et au Libéria.

 

Vous reste-t-il des pays à conquérir ?

Nous avons dix-neuf sociétés sur le continent, dont onze sociétés vie et huit dommages. Avec notre opération re-branding, nous avons dû fusionner nos deux filiales vie en Côte d’Ivoire et nos deux autres filiales vie au Bénin. Nous nous sommes rendu compte que nous nous faisons concurrence en interne : ne serait-ce qu’en Côte d’Ivoire, nous avions quatre sociétés, dont une dommage et trois vie. Nous avons vendu la plus petite, et nous avons fusionné Sunu Assurances-vie et LMA (verif ) vie.

Nous sommes dans onze pays et bientôt quatorze en 2016. Il se pourrait également que nous ouvrions des sociétés en République démocratique du Congo durant le premier semestre 2016. Nous serons sans doute présents dans quinze pays.

 

Comment envisagez-vous le développement du groupe ?

Notre arrivée dans les pays anglophones est pour nous un véritable pas en avant, un développement majeur par croissance externe. Ailleurs se sont plutôt des créations ex nihilo (Gabon et Cameroun). En 2016, l’activité dommages l’emportera, en nombre de sociétés du groupe, sur l’activité vie. Nous souhaitons dans un premier temps consolider le groupe avant d’éventuellement réamorcer une conquête des marchés anglophones, voire lusophones.

 

Le continent a-t-il aujourd’hui les ressources humaines pour gérer le développement de sociétés techniques comme votre groupe ?

C’est un problème majeur. Les ressources humaines locales sont clairement insuffisantes, c’est pourquoi nous nous évertuons à faire rentrer en Afrique des collaborateurs de la diaspora. Dans le groupe, nous avons une quinzaine d’actuaires qui ont pour la plupart effectué leur formation hors du continent. Néanmoins l’Institut international des assurances à Yaoundé forme aujourd’hui de façon très efficace de nombreux cadres de direction en Afrique, et il nous arrive aussi, avouons-le, de débaucher quelques éléments chez nos concurrents. Mais dans des proportions très limitées, car chacun essaie de soigner ses équipes et de les faire évoluer dans nos périmètres.

 

Comment financez-vous votre croissance ?

Nous n’avons pas d’endettement externe et nous n’avons pas prévu d’utiliser d’autres ressources que nos ressources internes pour notre croissance, que ce soit en Afrique francophone ou en Afrique anglophone. Nous menons modestement la politique de nos moyens, et nous y allons pas à pas. Nous avons démarré doucement, à l’époque (en 1999), en reprenant avec l’accord du président Bébéar six filiales africaines d’AXA. À l’origine, nous avions eu recours à un financement externe mais nous l’avons depuis remboursé. L’indicateur que je surveille le plus, c’est ce que les Anglais appellent le gaining ratio, la dette nette sur les fonds propres.

 

Le secteur de l’assurance est-il mûr aujourd’hui en Afrique ?

Non, le secteur n’est pas arrivé du tout à maturité. Exception faite que l’Afrique du Sud, du Maroc et de l’Égypte, le taux de pénétration de l’assurance sur l’ensemble du continent est extrêmement faible, autour de 2 %. Tous les acteurs du secteur ont encore beaucoup à faire. Il nous faut donc combiner notre activé avec la formation et la sensibilisation à la nécessité des couvertures risques. Depuis plusieurs décades, je répète à mes dirigeants que leur mission est avant tout pédagogique : en Europe, il n’est plus utile d’expliquer aux gens les fonctions de protection des assurances. Alors que, sur le continent, si nous n’expliquons pas notre rôle, on nous considère souvent comme des prédateurs, alors que nous avons une fonction essentielle dans nos marchés. On ne peut pas imaginer une économie, même non moderne, qui ne soit pas protégée. Nous sommes les premiers protecteurs. On prend des risques, on les assure, et lorsque les risques se réalisent, il faut payer.

L’autre volet est aussi celui de participer au financement de l’économie. Il faut bien garder en tête que toutes les primes que nous collectons restent sur le continent : nous souscrivons aux emprunts d’État, nous fournissons de la ressource aux banques, nous participons à l’animation de la place financière d’Abidjan, la BRVM, en ayant toujours le souci d’avoir des liquidités disponibles afin de pouvoir régler rapidement les sinistres éventuels.

 

La perception de l’assurance est-elle différente d’un pays à l’autre ?

Pour être honnête, en Afrique francophone, nous venons à peine de nous réveiller, disons depuis vingt ans. Les premières compagnies d’assurances dans cette partie du continent sont nées dix années après les indépendances. C’est lors de la conférence de la CNUCED à Santiago du Chili en 1972 qu’il y a eu la recommandation de la création de compagnies d’assurances. Sinon avant cela, il n’y avait que des agents représentant des sociétés françaises. Depuis les choses ont largement progressé, notamment depuis l’arrivée du code CIMA en 1995. C’est une originalité qui nous est propre : quatorze pays francophones ont renoncé partiellement à leur souveraineté en acceptant que l’agrément soit donné par un organisme régional unique, la Commission régionale de contrôle des assurances, la CRCA, basée à Libreville. Sur le plan international, cette institution est unique, quant à sa compétence régionale, autant sur l’octroi que sur le retrait d’agréments lorsqu’une compagnie ne respecte pas le Code des assurances.

 

Vous êtes un des grands entrepreneurs panafricains, croyez-vous en cette notion ?

C’est une réalité en ce qui nous concerne. L’une des caractéristiques du traité, c’est que dans des proportions bien définies, les compagnies d’assurances de la zone peuvent investir dans les quatorze pays de la zone. Par exemple, lorsque l’État camerounais émet un emprunt obligataire, l’ensemble des filiales du Groupe Sunu peut y souscrire. Réciproquement, si la Côte d’Ivoire émet des bons du Trésor, toutes les sociétés d’assurances de la région peuvent en acheter. Ce qui fait que, dans ce domaine, le panafricanisme est une réalité.

 

Pourquoi et comment êtes-vous devenu assureur ?

Je suis un transfuge de l’enseignement : j’ai enseigné les mathématiques pendant quelques années, puis j’ai entamé des études d’économie qui m’ont amené à passer mon doctorat à la Sorbonne. Dans le même temps, j’ai travaillé – comme étudiant – aux Mutuelles du Mans. Leurs dirigeants m’ont poussé à faire l’École nationale d’assurances à Paris puis à intégrer le Centre des hautes études d’assurances, alors que j’avais toujours pour ambition de passer l’agrégation et de rester dans l’enseignement, j’ai finalement opté pour le secteur des assurances. Ma formation scientifique m’a aidé, mais je me suis surtout consacré aux fonctions techniques puis managériales. J’ai commencé à travailler pour un groupe américain (Cigna Corp) qui m’a envoyé en Côte d’Ivoire pour créer Colina, repris depuis par le groupe Saham, puis j’ai été débauché en 1984 par l’UAP en tant que responsable Afrique, puis chez Axa que j’ai quitté en 1998 pour commencer l’aventure Sunu. C’est à l’occasion de ma rencontre avec Claude Bébéar, alors PDG d’Axa et qui souhaitait se désengager de l’Afrique, que j’ai pu racheter six de leurs filiales et démarrer le groupe.

 

Pour finir, je dois avouer que ma double culture franco-africaine, si je puis dire, m’a toujours servi. Cela m’a permis de voyager, de découvrir de nombreux pays africains, de réaliser combien le continent est divers, varié et riche, dans tous les sens du terme. Et m’a toujours poussé à tout miser sur le continent.

 

Encadré 1 Le groupe Sunu en dix lignes

Créé en 1999 par M. Pathé Dione, le groupe Sunu a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 91 Mds de FCFA et géré des actifs de 280 Mds de FCFA. Au fil des acquisitions de sociétés d’assurance et de création ex nihilo, le groupe Sunu s’est étendu à travers onze pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Depuis le début 2015, les dix-neuf filiales du groupe portent le nom de SUNU Asssurances, mettant en avant la marque et l’adhésion à l’un des tout premiers assureurs africains.

 

Encadré 2 Bio express

1941    Naissance à Dakar, Sénégal

?          Professeur de mathématiques

1972    Mutuelles du Mans

1079    Cigna Corporation

1980    Docteur en économie, La Sorbonne

1984    Directeur Afrique UAP

1999    Création de Sunu

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

496total visits,6visits today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *